31 octobre 2007

Interview de Kôji Kondô - 1991 (1/2)

Bonjour à tous,

comme je l'expliquais à la création de ce blog, je dispose de sources rares ne demandant qu'à être exploitées, ce que je fais petit à petit, autant que me le permet mon emploi du temps. Aujourd'hui, voici la première partie d'une interview de Kôji Kondô publiée en juillet 1991 dans un guide de jeu dédié à Super Mario World.

Un énorme merci à Jonathan, pour sa traduction depuis le japonais.

Kondo Kôji, créateur musical, dont la notoriété ne cesse de monter.
Voyage à travers les racines de sa musique.


Q : Monsieur Kondô, d’où vient donc votre inspiration ?

R : Tout a commencé lorsque j’ai appris à jouer du synthétiseur (« electone ») en première année de primaire. Je trouvais le piano ennuyeux, car les exercices ne consistaient qu’en une répétition de morceaux d’entraînement, alors que moi je ne pensais qu’à obtenir une mélodie tout de suite. Cela dit, aujourd’hui il m’arrive encore de me dire que j’aurai du m’entraîner plus au piano !

Q : Quels sont vos genre de musique et artistes favoris ?

R : J’aime beaucoup le jazz et la fusion depuis le collège. Et bien sur, j’écoute beaucoup la musique de Sadao Watanabe, (léger rire de l’interviewer), si, c’est vrai ! J’ai même souvent assisté à ses concerts. J’ai aussi connu des périodes d’acharnement, essayant de reproduire (ses) les morceaux sur mon clavier.

De même, comme la plupart des collégiens de mon époque, j’ai été passionné par le Hard Rock et beaucoup d’entre nous ont été influencés par cela.

Q : Il y a-t-il des album qui vous aimez écouter récemment ?

R : J’aime beaucoup « Janjan Taifun ». J’aime aussi les Gipsy Kings, et la musique du monde.

Q : Avez-vous pensé à travailler dans la musique dès le début ?

R : Non, pas vraiment. Je pensais garder la musique comme un hobby, même à une époque, j’ai quand même monté un groupe amateur. Je n’ai d’ailleurs pas suivi mes études dans une université de musique.

Q : Quelle université avez-vous fréquenté ?

R : J’ai suivi une formation dans la section « conception artistique » de l’université des arts d'Osaka. Le nom de la formation n’est pas très explicite, mais en gros, j’ai pu étudier l’art dans sa globalité, à commencer par la musique, les beaux arts et la littérature.

Q : Êtes vous entré en tant que programmeur de jeux chez Nintendo ?

R : Non, je suis entré l’année ou Nintendo commençait à rechercher du staff spécialisé dans la création musicale. J’ai donc tout de suite commencé dans le milieu de la musique.

Q : Quel a été votre premier projet chez Nintendo ?

R : Il y avait un système dans Family Basic ou l’on entrait les notes de musique en katakana [note : un des syllabaires japonais]. J’ai fait les musiques de Sazae san et de Doraemon via ce système.

J’ai aussi programmé en Basic la musique de Matsuda Seiko.

Koji Kondo fait ses débuts avec le thème de Doraemon dans Family Basic

Q : Combien de personnes s’occupent du son comme vous chez Nintendo ?

R : Hm, 10 personnes je crois.



Q : Cela ne vous semble pas peu ?

R : Oui en effet. C’est pour ça que le travail s’accumule. Je travaille en ce moment sur la composition du prochain Zelda, mais les projets arrivent les uns après les autres et je dois m’y coller.



Q : Au sujet de la composition pour les jeux, quelle est la première chose que vous faites au début du projet ?

R : A la base, le concept du jeu se cristallise et on me donne des images du jeu. C’est à partir de cela que je conçois les musiques. De façon générale, je commence par composer le thème principal du jeu mais pour Mario 1, les choses furent plus compliquées. C’est le thème du monde de l’eau que j’ai fini en premier, en effet, l’élément « eau » m’a immédiatement fait penser à une valse, mais ce genre « d’éclair » arrive rarement.

Q : Comment avez-vous composé le thème principal de Mario ?

R : J’ai commencé par composer le thème avec pour image un personnage courant à travers les herbes. Ca a donné quelque chose de doux et relaxant. Mais lorsqu’on a regardé la scène du jeu avec la musique, cela ne collait pas du tout avec la vitesse et le rythme du jeu. J’ai donc par la suite essayé une musique de type « swing » mais j’ai eu de nombreuses critiques au sein de l’équipe, la musique ne correspondait pas.

En expérimentant par ci par là, j’ai finalement trouvé la fameuse mélodie [note du traducteur : « Cha cha cha » -- intraduisible !] et la suite du morceau s’est construite à partir de la.

Q : Quel instruments utilisez-vous en ce moment pour composer ?

R : J’utilise le clavier. Cependant, le son du synthé n’étant pas le même que le son final de la Super Famicom, j’entre et transforme immédiatement les compositions pour les entendre avec leur résultat final. Par contre, je compose au fur et à mesure, en écoutant le résultat sur SFC et en arrangeant sans cesse. Voilà pourquoi il n’y a pas de partition, et lorsqu’on m’en demande, je suis obligé d’aller chercher dans les données pour les extraire.

Q : Vous arrive t-il de faire écouter vos compositions en cours aux membres de l’équipe ?

R : Avant, cela m’arrivait souvent car je ne connaissais pas grand-chose et je demandais conseil à monsieur Miyamoto, mais maintenant, je ne fais jamais écouter un morceau que je ne considère pas terminé.

Pour lire la deuxième partie de l'interview, cliquez-ici.

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